Sous le Spotlight, le journalisme

Une fois visionné Spotlight nous laisse entre dégoût et admiration. Entre fervente critique du Clergé catholique et idéalisation du journalisme d’investigation, le film de Tom McCarthy donne à penser malgré la sobriété cinématographique du réalisateur.

Spotlight

Pour ma part, qui dit penser dit écrire. Mais sur quoi ? Ma haine renouvelée pour les institutions systémiques ? Mon émerveillement devant les prouesses du cinéaste ? Mon engouement sans borne pour le Journalisme avec un grand J ? Car, c’est exactement ce que Spotlight nous propose. En quelques deux heures de temps, les formidables acteurs nous emmènent sur les traces de journalistes qui ont tout donné pour révéler l’horreur de la pédophilie cléricale.

Je ne m’arrêterai pourtant pas sur les 6% de prêtres pédophiles au sein de l’Eglise, ni sur les multiples implications  et couvertures cléricales, juridiques et politiques liées à ces affaires. Si nous ne pouvons ignorer la gravité de ces révélations (reprises d’une enquête de 2002), là ne sera pourtant pas mon propos. Le film retrace parfaitement cet aspect mais aussi son enracinement profond et multiple.

Non, mon texte d’aujourd’hui s’adressera aux journalistes, une sorte d’ode à l’investigation et à la mise à jour d’une actualité à froid. Car, voyez-vous, quand je dis que je suis journaliste on me rétorque souvent que nous sommes tous pourris : des vautours, des vendus ou des idiots de paparazzi, en bref, des imposteurs, bien dressés – les plus avertis comprendront la référence. Et, si j’ai pu avoir certaines réserves sur ce constat, citant des journaux engagés, indépendants et éthiques, je me retrouve toujours à finalement acquiescer. Je pense que le journalisme est à son heure la plus sombre, celle du rachat par de grands groupes, celle du sensationnalisme et de l’actualité à chaud, des nouvelles plutôt que des enquêtes.

Mais, ce type de film ranime toujours en moi la flamme exaltée du désir de changer les choses, l’envie irrépressible de croire dans un meilleur… quelque chose ; pas le Paradis, surtout pas après ce film, juste un monde où des individus sont capables de lutter pour dénoncer les travers, voir les crimes de systèmes qui les dépassent. Je crois simplement que si ces journalistes ont pu s’attaquer à l’Eglise et à ses criminels, nous pouvons aujourd’hui aussi lutter.

Mais ce n’est surement pas en reprenant des fils d’actualité relayés similairement par l’ensemble des médias, ni en recyclant toujours les mêmes sujets sans en chercher les causes plus profondes ou les ombres tapies – la référence est moins subtile – que nous renouerons avec l’investigation.

Plus d’indépendance, plus d’engagement et plus de jeunes ! Voilà ce dont a besoin le journalisme actuel. Alors, grands journaux, arrêtez de cantonner la jeunesse à des stages ; citoyens, exigez notre indépendance ; journalistes, multipliez les structures d’information et refusez de vous faire marcher dessus. Nous sommes nombreux, nous avons des capacités et des possibilités, saisissons les !

Et merci à toi cinéma, merci pour ton incroyable faculté à ramener, dans le flux des émotions, des événements de cette ampleur. C’est sans grandiloquence que Spotlight nous livre cette histoire mais avec ce qu’il faut de cinématographie pour provoquer l’étincelle, fragile mais vivace, du changement. Merci pour ce film qui m’a (ré)conforté dans mes choix et mes passions. Un très bon moment de cinéma tout en gravité.

Sous les projecteurs, le 27 Janvier.

 ↑ HAUT DE PAGE ↑

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *